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— Watertrek

Keep oceans clean —

Lancée par Séverine Vasselin il y a presque 5 ans, l’association à caractère non lucratif Watertrek sensibilise et agit pour la protection des écosystèmes aquatiques. Elle propose une approche de l’éducation environnementale et des programmes de science participative originaux et ludiques en France et dans le monde. Doukyo est allé à la rencontre de Séverine qui vit entre Londres et Paris et qui partage son temps entre son travail de comédienne et son rôle d’ambassadrice et coordinatrice de Watertrek.

Comment a débuté l’aventure Watertrek ?
Dans le prolongement des « Randonnées Africaines » (une série de documentaires de voyage que j’ai réalisé et animé pour la chaîne Escales), j’ai voulu développer un nouveau concept d’émission pour partir à la découverte des écosystèmes aquatiques et explorer la vie au bord de l’eau. Je voulais que l’émission soit le point de départ d’un projet de sensibilisation plus vaste sur le terrain, j’avais donc déjà en tête la création d’une association qui proposerait de l’éducation environnementale à mes spectateurs… L’émission ne s’est jamais faite mais Watertrek existe !

Quels sont le rôle et le fonctionnement de l'association ?
Son objectif est avant tout de faire de la sensibilisation pour protéger nos écosystèmes aquatiques, de recréer une connexion entre le public et ces environnements. Nos modes de vie urbains et nos écrans nous ont considérablement éloignés de la nature, de l’eau et même de nos corps et sensations physiques. A tel point que nous atteignons des extrêmes dans l’absurde et l’autodestruction. Pourtant, l’eau nous lie, elle est indispensable à notre survie, elle est source de bien-être. Et elle est partout, proche de nous.

Pourquoi cet engagement envers l’eau ?
C’est avant tout une évolution personnelle. J’ai beaucoup navigué à une époque, avec la sensation d’être une personne différente lorsque j’étais sur l’eau. Flotter semblait être la seule posture capable de taire le brouhaha dans ma tête, de me procurer du silence. J’ai eu envie de partager ce ressenti, ainsi que le plaisir de pratiquer des sports nautiques.
Mais de façon plus vitale, une respiration sur 2 nous est offerte par les océans ; le phytoplancton recycle le carbone qui se trouve dans l’atmosphère au même titre que les arbres. Ils sont aujourd’hui menacés par l’excès de gaz produit par l’industrialisation de nos sociétés, qui les acidifient, perturbant ainsi en profondeur l’équilibre d’un écosystème qui nous permet pourtant de vivre. Le plastique est une autre menace qui pèse sur ces environnements et sur la vie sauvage, notamment par le biais des microparticules de plastique dont on commence à peine à mesurer l’impact. Sans compter les effets délétères des produits chimiques utilisés dans l’agriculture qui, du sol aux rivières, contaminent l’ensemble du circuit. Quand une pollution « disparaît dans la nature », elle ne disparaît pas, elle est bien quelque part, et fréquemment, elle finit dans l’eau, en mer. Alors oui bien sur, il est indispensable de les préserver si nous voulons survivre !

Peux-tu me parler des opérations que tu mènes ?
Actuellement,  je me concentre sur 2 chantiers : la production de contenus de sensibilisation sur notre site en mettant l’accent sur leur dimension créative (je suis comédienne et il m’importe d’être innovant et original dans nos approches) et le développement d’une plateforme de science participative qui permettra à tous les pratiquants de sports nautiques de s’investir.
En parallèle, nous avons plusieurs projets d’expédition en Sup (Stand Up Paddle) prévus en 2019 qui devraient nous permettre de tester nos protocoles de collecte de données. C’est un format que j’aime beaucoup et qui permet de toucher un vaste public friand d’aventure. Nous allons continuer à intervenir dans les écoles et les CE et formaliser le spectacle « Croisière dans l’anthropocène ». L’idée est de formaliser des kits et prestations et de pouvoir former les volontaires qui souhaiteraient intervenir.

Justement, qui t'épaule au quotidien ?
J’ai la chance d’avoir des bénévoles et des amis qui me soutiennent avec enthousiasme un petit peu partout en France et en Europe, en plus de fidèles partenaires en Angleterre et en Asie. Grâce au soutien du Ministère, je vais être en mesure de fidéliser une équipe de freelancers et du personnel encadrant, l’objectif étant de constituer une équipe pérenne. Je suis en pleine phase de recrutement, pour ceux que ça intéresse, et à la recherche d’investisseurs supplémentaires pour boucler notre budget.

Tout le monde peut-il s'engager et participer ?
Oui, j’ai toujours besoin de bonnes volontés pour m’aider à avancer dans le développement de Watertrek. Actuellement, il s’agit avant tout de soutien sur l’aspect structurel de l’association (recherche de fonds, stratégie, recrutement, communication …). Les porteurs de projet en phase avec nos valeurs sont également les bienvenus. Et dès que l’encadrement sera mis en place, nous pourrons envisager d’accueillir et de former de plus nombreux bénévoles sur nos différents formats de prestation (jeux de plage environnementaux, interventions dans les écoles, collectes de données, initiatives locales).

Tu es basée à Londres et tu voyages beaucoup, la prise de conscience écologique est-elle plus importante dans certains pays que d'autres ?
Dans les chiffres, le décalage se situe plutôt entre continents. On sait que 60% des plastiques qui finissent au fond des mers viennent de l’Asie du Sud-est… La logique voudrait donc que les efforts se concentrent sur ces zones. Je vais utiliser les mots de Jean Ziegler pour répondre à cette question, la problématique étant plus structurelle que géographique : « En France, et en Europe occidentale en général, il y a un formidable mouvement pour la protection de l’environnement et des solidarités importantes dans une société civile puissante, une bonne recherche scientifique, une théorie et une pratique de l’écologie. Ce mouvement est impressionnant, mais à l’heure actuelle il rencontre un adversaire plus puissant que lui : les maîtres du capital financier globalisé. » Agir à l’échelle individuelle est indispensable, mais ne nous voilons pas la face sur nos actions pansements : le pouvoir est celui conféré par notre carte bleue, et notre conscience doit nous mener vers une refonte profonde de ce système dans lequel nous avons donné plein pouvoir aux oligarches du tout-profit.

www.watertrek.org