Patrick Blanc
A la fois biologiste et plasticien, Patrick Blanc, 53 ans, met ses connaissances scientifiques au service de la biodiversité et de l'évolution de nos sociétés industrialiées. Inventeur du mur végétal, installation à la rencontre de l'art et de la nature, il revient avec Doukyo sur ce succès qui l'a rendu mondialement célèbre.
-Votre nom est associé à un dispositif : le mur végétal, soit une culture sans sol et sur une surface verticale. Comment vous est venue l'idée ?
-Il n'y a pas eu véritablement de premier prototype, plutôt une maturation et des mises au point successives d'un dispositif qui prolongeait des sensations très fortes de l'enfance. Mes promenades le long des ruisseaux et des cascades, ma fascination pour l'eau en mouvement et le ruissellement sur mousse luisante des rochers et aussi ma découverte des plantes épiphytes, qui poussent sur les branches ou les troncs d'arbre, lors des premières Floralies internationales à la Défense en 1963, j'avais 10 ans. La magie de ce mode de culture dans la forêt tropicale humide ne m'a plus quitté. Depuis, je vis entouré de murs végétaux.
-Comment fonctionnent ceux-ci ?
-C'est d'abord la prise de conscience précoce que les plantes n'ont pas nécessairement besoin d'un sol et d'une terre pour se développer, qu'elles peuvent très bien vivre avec seulement de l'eau et de la lumière, même artificielle. Mes premiers essais ont consisté à tapisser le mur situé derrière l'aquarium de plantes dont les racines flottaient librement dans l'eau. Cela accélérait l'élimination des nitrates produits par la vie animale. Ensuite j'ai fait sortir l'eau de l'aquarium pour la diffuser par capillarité dans le support mural. J'ai longtemps tatonné avant de trouver le composant idéal pour ce support, un feutre léger et épais à base de fibres en polyamide non-tissées. Puis l'irrigation par intermitence reconstitue la magie de la cascade, cascade d'eau, de plantes et celle de l'aquarium.
-Finalement les murs végétaux intégrent leur propre solution aux pénuries d'eau pour les siècles à venir ?
-Effectivement, dans ce système il n'y a aucune perte d'eau par percolation dans le sol. Chaque plante pompe dans le ruissellement intermittent ce dont elle a besoin. Des cuves de récupération creusées sous le dispositif récupèrent les surplus et les réinjectent dans le circuit si nécessaire. De plus, les racines radiantes dans le feutre son directement en contact avec l'oxygène de l'air, ce qui devrait permettre une meilleure absorption des molécules toxiques répandues dans l'atmosphère des villes. On sait aujourd'hui que leur assimilation par les plantes s'effectue davantage par les racines que par les feuilles.
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