Valentine Gauthier, créatrice de mode
-Peux-tu nous raconter l'histoire Valentine Gautier, quel est ton parcours ?
-Tout d'abord, avant de faire des études de mode, j'ai fait une licence de géo-ethnologie et je me destinais à devenir ingénieur en écologie. C'était passionnant, en revanche la création me manquait énormément, alors j'ai décidé de changer de voie afin de faire une école de mode à Paris. Durant cette période d'études, je suis partie en Uruguay où j'ai pu voir les travaux de tricoteuses aux doigts de fées. Ces femmes ont fondé une association afin de travailler entre voisines afin de ne pas être séparées de leur famille en zone rurale. Le travail de la terre étant plutôt réservé aux hommes, elles étaient obligées d'aller en périphérie des villes pour trouver du travail. Cette démarche m'a beaucoup touchée et j'ai vu qu'il était possible d'allier ces deux sujets qui semblaient au départ assez opposés.
-Qu'est-ce qui t'a poussé à faire une mode dite "éthique" et qu'est-ce que cela signifie pour toi ?
-Si je travaille de cette manière c'est simplement parce qu'il ne pouvait pas en être autrement, c'est une façon de vivre rien de plus. Cela me demande plus d'énergie, mais me permet égoïstement de me sentir en accord avec moi-même.
-Peux-tu nous parler des matières, de la production, de l'inspiration de ta collection automne-hiver 2010 ?
-Nous travaillons avec des pays producteurs de la matière première afin d'éviter tant que faire se peut les allers-retours entre chaque matière première. Les solutions ne sont jamais totalement parfaites mais nous essayons de faire le plus d'efforts possibles pour ne pas altérer la qualité du produit. Les contraintes nous poussent à avoir encore plus d'imagination et sont facteurs de détails uniques. Nous utilisons de la soie, du coton bio et du coton-soie que nous mettons à façon en Inde. Nous y partons tous les six mois afin d'avoir une lisibilité totale sur les pièces, du tissage au produit final en passant par la teinture. Nous mettons en place des chartes très strictes tant au niveau de l'environnement que du salaire des employés et nous essayons de les aider à améliorer leur savoir-faire et leur rapport à la planète. C'est là que nous utilisons le plus d'énergie. Pour ce qui est des mailles tricotées, nous faisons faire nos pulls en coton Pima au Pérou et nos tricots sont faits main en Bolivie par une association qui tricote du baby alpaga. Enfin, nous faisons produire nos cuirs lainés et nos chaussures en France par des artisans. Concernant l'imaginaire de cette collection, il se situe entre un vieux cirque et Mata Hari. Les écailles de l'imprimé "snake" en crêpe de soie s'allient à la laine ou au velours. Quant aux détails des pantalons et des shorts, ils évoquent l'allure des pionniers de l'ouest américain tandis que les petites robes fluides sont rehaussées de broderies dorées ou d'épaulettes en cuir dans un style contemporain et rock and roll.

-Depuis un an tu as une boutique à Paris et tu viens de l'agrandir, comment l'as-tu pensée et voulue ?
-Nous avons à présent une boutique sur deux niveaux et notre atelier se trouve à l'étage. On peut dire que c'est notre première maison, nous y passons la plupart de notre temps (ndlr : son mari s'occupe du commercial), c'est pour cela que deux univers cohabitent dans l'aménagement de l'espace de vente. Le rez-de-chaussée a été conçu dans un esprit design, blanc et épuré avec une cabine d'essayage à l'image d'une cabane montée sur de grosses roulettes de chantiers. Les portants sont d'anciens tuyaux à incendies rouillés que nous avons recyclés. Le sous-sol est notre caverne d'Alibaba. Tous les meubles ont été trouvés dans la rue. Je me déplace à vélo et il m'arrive constamment de trouver des merveilles. Evidemment, tout passe par une phase de réparation ou de détournement, mais avec un peu d'imagination on peu faire beaucoup de chose. Cet espace (le sous-sol) est donc plus cosy, un lieu ou nous prenons plaisir à nous retrouver autour d'un verre de vin dans un fauteuil club sous un lampadaire industriel.
-Et toi, es-tu écolo au quotidien ? Quels ont tes gestes, ta contribution.... ? Le fait que tu sois devenue maman a t-il changé ta vision des choses ?
-Oui, nous essayons de l'être au quotidien. Je travaille avec mon conjoint et nous avons instauré les bases du bon sens dans notre atelier. Nous nous déplaçons à vélo, en cas de nécessité nous faisons appel à des coursiers cyclistes et nous livrons nos clients parisiens avec une voiture de location dont les émissions en CO2 sont compensées. Le tri est de rigueur mais les actions sont hélas peu significatives. Le monde de la consommation et de l'agroalimentaire rend la chose assez complexe. Trop d'emballages sur les produits consommables, trop de papiers, trop de plastiques. Nous essayons de trouver un moyen de remplacer les plastiques recyclables de nos vêtements par de la fibre de maïs mais cette technique ne protège pas des intempéries. Nous utilisons du papier recyclé pour tous nos courriers et du papier issu de forêts éco-gérées pour nos catalogues car pour le moment les acheteurs ne veulent pas de recyclé. Ils considèrent cela comme trop cheap et surtout ils trouvent que cela ne rend pas les bonnes couleurs. Enfin, nous avons été confronté à une image connotée, uniforme et peu novatrice. Une mode écolo reste pour le moment synonyme de manque de créativité, basique et peu pratique. On ne peut pas vraiment se faire plaisir car les choix sont restreints et peu variés.
Au final, j'ajouterai qu'en tant que jeune maman, cela me donne envie d'aller encore plus de l'avant pour essayer de donner à mon fils les valeurs que je considère comme essentielles.
-Que penses-tu du courant GREEN qui envahie tout actuellement ?
-C'est génial que tout le monde en parle ! C'est le seul moyen pour faire évoluer mentalités rapidement et pour que les choses changent dans un avenir proche, en dépit du fait que certains se servent de ce courant pour promouvoir ce type de produits dans le seul but de vendre, sans aucune conviction environnementale. Ma seule peur, c'est que ce ne soit qu'un effet de mode et que, comme tout effet de mode, les gens s'en lassent très vite.
Valentine Gauthier est vendue à Paris au 58, rue Charlot (IIIème) mais aussi dans des boutiques et des grands magasins au Japon, en Chine, en Arabie Saoudite, aux Etats-Unis, en Italie, en Espagne, à Chypre, en Suisse et au Danemark.
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